Ne réalisant pas vraiment ce qui arrivait là, je ne sû absolument pas comment réagir face à ses nouveaux évènements. Le gardien hystèrique qui entra en trombe dans la pièce me tira cependant de ma paralysie psychologique :
- Docteur Okabe, il faut évacuer les lieux ! Il s'est produit quelque chose d'effroyable....une bombe...le bâtiment va s'écrouler....
La panique me gagna ; sans réfléchir d'avantages, je lâchai tout ce que j'avais dans les mains et me précipitai vers la sortie. Il fallait à tous prix que je quitte cet endroit maudit car les mûrs s'effritaient autour de moi, les uns aprés les autres, et le toit menaçait de me tomber dessus à tout moment.
Dans les couloirs des gens terrorisés criaient et couraient dans tous les sens, en un abominable chaos. Certains tombaient, à moitié assomés par des mûrs et des plafonds éffondrés, et se relevaient péniblement pour continuer leur course effrénée vers la liberté. D'autres gisaient à terre, couverts de sang et de beton, mortellement blessés.
Tout à coup, Eliot me vint à l'esprit. Avec horreur, je dû constater que nous l'avions complètement oublié dans la confusion générale et la précipitation d'abandonner les lieux ; il était toujours menotté sur sa chaise d'examen. J'attrapai le gardien par le bras pour l'arrêter et m'écriai d'une voix déformée par l'angoisse :
- Attendez.....il faut retourner au laboratoire, pour délivrer monsieur Satoru ! Il est toujours attaché....
L'agent de sécurité me coupa aussitôt la parole :
- Vous plaisantez j'espère ! Nous n'allons pas rebrousser chemin et risquer notre vie pour sauver un assassin cannibale, condamné à mort de toute façon !
Scandalisée, je protestai :
- Mais il s'agit d'un être humain avant tout ! Nous n'allons pas le laisser mourir, sous les décombres....
Mon interlocuteur se dégagea de ma prise sur son bras d'un mouvement brusque et ricana :
- Pour moi il fait surtout office de bête sauvage !
Puis il me laissa plantée là, au beau milieu de la cohue hurlante et sanguinolante, pour s'enfuir sans demander son reste. Livrée à moi-même, je ne me sentais plus tout à fait aussi téméraire, mais le souvenir du baiser interdit si sensuel et érotique que j'avais échanger avec Eliot me revint en mémoire et mon coeur se serra, en même temps que le muscle le plus intime de mon anatomie se contracta. Une vague de courage m'envahit et je fis aussitôt demi-tour, pour retourner au laboratoire.




