Monsieur Matsumoto était à deux doigts de perdre connaissance quand l'un des deux gardes se décida enfin à intervenir. Il chargea son arme à feu et tira sur Eliot. Plus terrorisée que jamais, je poussais un nouveau cri. La seringue atteignit l'ennemi en plein dans les reins. Son corps fut secoué de violents soubresauts et il grogna une fois encore avant de s'écrouler de tout son long sur son adversaire.
Inquiète malgré moi, je m'écriais d'une voix affolée :
- Vous l'avez tué ?
Mon patron, qui était déjà plus où moins remis de son agression, repoussa Eliot sans ménagements et grommela, furieux :
- Non, nous lui avons juste administré un puissant sédatif !
Puis il marmonna dans sa barbe, plus pour lui-même que pour moi :
- Toujours aussi agressif celui-là ! Il faudrait quand même un jour qu'on lui visse sa muselière directement dans la tête et qu'on le mette dans une camisole de force à vie pour le calmer !
Dégoutée par ses propos, je fis celle qui n'avait rien entendu. Le directeur avait la gorge et le visage en sang et son oeil gauche semblait sévèrement blessé. Mais ce ne fut pas lui qui retint toute mon attention. Bizarrement, mon regard était obstinément rivé sur le meurtrier cannibale qui gisait inanimé à terre. Il avait l'air si candide et si délicat ! Comment un être à l'apparence aussi frêle et innocente pouvait-il être capable de toutes les atrocités qu'on lui attribuait ? De plus, il était doté d'un charisme bouleversant auquel j'avais, à mon plus grand désèspoir, toutes les peines du monde à resister.
Monsieur Morgan, que j'execrais à appeler par son prénom, me tira brutalement de mes réflexions :
- Satané psychopathe ! Il a faillit m'arracher l'oeil !
Puis il cria à l'attention des gardes :
- Emmenez ce monstre hors de ma vue, avant que je ne perde le contrôle de mes actes !
Les gardiens éxécutèrent aussitôt les ordres de leur chef. Eliot fut ramené dans sa cellule sans plus de cérémonie.
