Il me fallut quelques jours pour me remettre de mes émotions ; mes nerfs avaient été mis à trés rude épreuve. Et dire que le pire restait à venir ! Comment allais-je pouvoir gérer ma morbide collaboration avec le séduisant mais non moins féroce meurtrier anthropophage ? Je n'en avais vraiment aucune idée et je craignais soudain de ne pas être à la hauteur de ma macabre tâche.
Par chance, le reste de la semaine passa très vite car mon emploi du temps était plus que chargé. Je n'eus donc guère le loisir de me torturer d'avantage les méninges. Mais le fameux lundi arriva quand même, date officielle de mes premiers tests nucléaires sur Eliot, et je n'en menais vraiment pas large.
J'eus d'abord droit à une explication cinglante et mouvementée avec mon chef, monsieur Matsumoto estimant que mon attitude envers mon cobaye était un peu trop protèctrice ! Puis, comme prévu, on me colla les petits boutons infra-rouges sur la peau, deux minuscules patchs dissimulés au niveau de mes seins, qui devaient me servir de système d'alarme discret en cas d'urgence. Fin prête pour aller travailler, je me dirigeais donc vers mon laboratoire, plus anxieuse que jamais.
A mon entrée dans la pièce, Eliot leva immédiatement les yeux sur moi. Son regard bleu azur me transperça jusqu'à la moelle épinière et un frisson glacé me fit trésaillir. Mais en même temps, une étrange excitation s'empara de moi, mêlée à une sensation de bonheur inexplicable et mon coeur se serra.
En vérité, au fonds de moi, j'étais soulagée de le retrouver sain et sauf, aprés tout ce que Morgan et son étrange acolyte lui avait fait subir d'horrible. Bien sûr j'avais moi aussi été embauchée pour lui faire du mal, mais pour l'instant, je ne réalisais pas vraiment encore ce que cela impliquait pour moi. Et évidemment, une fois de plus, j'en oubliais complètement que le vrai monstre dans l'histoire c'était précisemment lui, monsieur Eliot Satoru en personne.
Il était assis sur la fameuse chaise conçue pour mes maudits tests, solidement menotté au niveau des poignets et des chevilles à cet effroyable instrument de torture qui allait bientôt devenir mon outil de travail. Malgré sa muselière qui le défigurait, il émanait de lui une certaine élègance et comme à son habitude, il sentait bon l'eau de toilette. La chemise rouge qu'il portait entrouverte sur la poitrine faisait ressortir la quasi-blancheur de ses fins cheveux et une croix en argent brillait autour de son cou. Jamais je n'avais vu de criminel aussi noblement habillé. D'aprés mon patron, Eliot avait lourdement insisté lors de son procés pour rester tiré à quatre épingles jusqu'à sa mort, et le juge, dans un accés de bonté, avait accordé cette seule et unique faveur au condamné.
D'une voix que j'eus toutes les peines du monde à identifier comme étant la mienne, je murmurais maladroitement :
- Vos dents....ça va ?
Il ne me répondit pas, se contentant de me regarder fixement, l'oeil mauvais. Je me sentais extrêmement confuse et surtout trés stupide, mais qu'aurai-je pû dire d'autre à celui que j'étais censée executer sous peu ?