J'étais au bord de la nausée ; toute cette scène avait été trés éprouvante pour mes nerfs. Mon employeur se releva tant bien que mal et s'adressa à moi, l'air trés grave :
- Pour travailler, vous serez évidemment seule avec Eliot dans votre laboratoire.
Paniquée à cette idée, je voulus protester, mais il ne m'en laissa pas le temps. D'une voix monocorde, il poursuivit :
- Ne vous inquiètez pas, vous serez trés bien protègée. Deux de mes meilleurs hommes seront postés devant votre porte, prêts à intervenir à la moindre alerte. De plus, vous serez équipée d'un système d'alarme hautement perfectionné, pour les situations d'urgences. En cas de danger, vous n'aurez qu'à appuyer sur un petit bouton à infra-rouge que nous aurons judicieusement dissimulé sous vos vêtements, à même la peau, au niveau de votre poitrine. Mes gardes se précipiteront aussitôt à votre secours.
Tout cela ne me plaisait guère. Extrêmement dubitative, je demandais :
- Vous croyez vraiment que monsieur Satoru me laissera le temps d'appuyer sur un bouton, lorsqu'il m'agressera ?
Visiblement lassé par toute cette affaire et de plus en plus indisposé par son oeil écorché, monsieur Matsumoto grommela, à bout de patience :
- Tout ça, ce sont des mesures de sécurité superflues en fait. Ce malade mental ne vous attaquera pas, n'ayez crainte ! Nous ne lui en laisserons jamais l'occasion. A chaque fois que vous serez seule en sa présence, il sera solidement attaché, soit sur votre table d'examen, soit sur la chaise spécialement conçue pour vos tests. Et bien sûr il portera toujours sa muselière. Faites-moi confiance, vous ne risquez rien !
Comme je ne semblais pas vraiment convaincue, il jugea utile de rajouter d'un ton ironique :
- Sauf bien sûr si vous-même vous le détachez où si vous lui retirez sa muselière !
Malgré son oeil à moitié crevé, mon interlocuteur trouva moyen de se moquer de moi. Je me demandais soudain lequel des deux personnages, du directeur au caractère endurci où du psychopathe cannibale, était le plus cruel.